La chambre noire et l'imprimerie du Titanic

 

Deux installations peu connues sont l'objet de cette page: la chambre noire et l'imprimerie. Si la seconde a réellement existé, en revanche, rien n'est certain pour la chambre noire.

Deux autres sujets sont également évoqués ici: le service de sténographie et de dactylographie ainsi que l'Atlantic Daily Bulletin, le bulletin quotidien de nouvelles affiché à bord.

 

Les thèmes

La chambre noire

L'imprimerie

La sténographie et la dactylographie

L'Atlantic Daily Bulletin

 

 

La chambre noire

Parmi les installations que la White Star Line avait prévues pour le confort et la distraction de ses passagers de 1ère Classe, se trouvait une chambre noire entièrement équipée, dans laquelle les amateurs de photographie pouvaient exercer leurs compétences en développant eux-mêmes leurs clichés.

Cette pièce, apparaissant sur les plans originaux du Titanic, était située sur le côté tribord du pont A, à l'arrière du Salon de 1ère Classe et au niveau de la 3ème cheminée. Elle était accessible par une porte donnant sur la promenade de 1ère Classe.

On ignore malheureusement tout de cette chambre noire: il n'existe ni description du matériel et des produits chimiques dont elle était équipée, ni photographie, ni témoignage attestant qu'elle fut bien utilisée pendant la traversée.

Sur les plans finaux du paquebot (on sait que l'aménagement du Titanic a subi un bon nombre de modifications jusqu'au moment de son départ), la chambre noire est remplacée par un vestiaire. S'il s'agit bien là de l'installation qui se trouvait réellement à bord pendant la traversée, il n'existe à son sujet pas plus de renseignements que pour la chambre noire, en particulier concernant son usage. Il est possible que ce vestiaire, s'il a bien existé, ait pu servir aux passagers désirant modifier leur tenue vestimentaire avant de sortir sur le pont ou regagner l'intérieur du navire.

Pourquoi un vestiaire aurait-il été substitué à la chambre noire ? C'est aussi un mystère.

 


L'emplacement de la chambre noire ou du vestiaire, sur le pont A

 

L'imprimerie

Le Titanic était équipé d'une imprimerie de bord.
Sur les plans originaux, cette imprimerie était implantée sur le pont D (voir repère 1), contre le flanc bâbord du navire. Elle se trouvait dans un angle de l'Office de 1ère Classe, situé juste à l'arrière de la salle à manger de 1ère Classe.

Sur des plans ultérieurs, l'imprimerie de bord est toujours représentée sur le côté bâbord du même pont D, mais à un emplacement différent: à l'arrière du magasin du boucher (voir repère 2).

 


L'emplacement de l'imprimerie, sur le pont D
Plans initiaux: repère (1) - Plans finaux: repère (2)

 

Comme dans le cas de la chambre noire, il n'existe aucune photographie de l'imprimerie du Titanic, ni inventaire de son équipement.
Néanmoins, grâce à des clichés d'installations équivalentes à bord d'autres paquebots de l'époque, il est possible de s'en faire une idée.

 


L'imprimerie à bord de La Provence, en 1907

 

Le steward Albert Mishellany, 52 ans, d'origine libanaise, était le responsable de l'imprimerie. Il avait auparavant travaillé à bord de l'Olympic et percevait un salaire mensuel de 6 livres sterling.
Il était aidé, dans sa tâche, par Ernest Theodore Corben, 27 ans, lui aussi précédemment affecté sur l'Olympic. Son salaire mensuel était de 4 livres sterling.

Pendant la traversée, Mishellany et Corben imprimèrent principalement les listes de passagers, les menus destinés au Restaurant à la Carte et aux salles à manger ainsi que les programmes des divers événements devant avoir lieu à bord.
Une autre partie de leur travail consista à satisfaire les demandes personnelles des passagers de 1ère Classe: impression d'invitations à des dîners privés ainsi que des menus correspondants.

 


Menus du déjeuner et du dîner de 1ère Classe du 14 Avril 1912, imprimés à bord

 

L'imprimerie utilisait des formulaires préimprimés (logo, etc.) qui étaient personnalisés à bord. Comme cela se pratiquait à l'époque, la matrice du document à imprimer était réalisée dans un cadre de bois à l'intérieur duquel les caractères de plomb étaient insérés un à un. Une fois composée, la matrice était placée dans une presse où les formulaires, en nombre nécessaire, étaient tirés un à un. Toutes ces opérations étaient effectuées manuellement.

La passagère de 1ère Classe Marie Grice Young, 36 ans, nota dans son journal que l'imprimeur de bord lui avait gentiment fourni quelques petites étiquettes pour identifier les cages occupées par les deux coqs primés et les deux poules qu'elle avait achetés au Jardin des Plantes, à Paris.

Albert Mishellany et Ernest Theodore Corben furent tous deux victimes du naufrage.
Leurs corps, s'ils furent retrouvés, ne furent jamais identifiés.

 

La sténographie et la dactylographie

Comme dans les plus grands hôtels à terre, la White Star Line avait mis à la disposition des passagers de 1ère Classe un service de sténographie et de dactylographie.

Parmi les passagers de 1ère Classe, se trouvaient de nombreux hommes d'affaires désirant donner à leur courrier un caractère plus officiel que le manuscrit. Pour la rédaction de telles lettres, ils devaient s'adresser au bureau du Commissaire de bord qui mettait à leur disposition un sténographe et un dactylographe. Le coût de ce service était de un shilling (ou 25 cents) la lettre, et 2,5 pence (ou 5 cents) les 100 mots pour les feuillets. Le passager se voyait remettre un reçu signé.

La sténographie était effectuée par le steward George Frederick Turner, 32 ans, spécialement affecté à cette tâche. Le Titanic était sa première affectation et il percevait un salaire mensuel de 4 livres et 10 shillings. Il est probable qu'il dactylographiait lui-même le courrier et qu'il était installé sur le pont C, près du Grand Escalier avant, dans le bureau du Commissaire de bord, Hugh Walter McElroy, et de son assistant, Reginald Lomond Barker, ou dans le bureau de renseignements contigu.

 


Les emplacement du bureau du Commissaire de bord et du bureau de renseignements, sur le pont C

 

George Frederick Turner, Hugh Walter McElroy et Reginald Lomond Barker furent tous victimes du naufrage.
Les corps de Turner et Barker, s'ils furent retrouvés, ne furent jamais identifiés. Celui de McElroy fut retrouvé par le navire câblier Mackay-Bennett et abandonné à la mer.

 

L'Atlantic Daily Bulletin

Comme il était d'usage sur les paquebots des grandes lignes transatlantiques, les passagers de 1ère Classe du Titanic bénéficiaient de l'affichage quotidien d'une feuille baptisée Atlantic Daily Bulletin (Bulletin Quotidien de l'Atlantique), éditée à bord et leur donnant les dernières nouvelles du monde et du bord.

La confection et l'impression d'un journal à bord d'un transatlantique remonte au début de 1906. En Août 1907, 17 paquebots possédaient leur propre feuille.
Il est très probable que l'Atlantic Daily Bulletin du Titanic ait été semblable aux feuilles alors éditées par les autres compagnies transatlantiques de l'époque, par exemple par la Compagnie Générale Transatlantique.
Le Journal de l'Atlantique, édité sur les paquebots de la C.G.T., était composé d'une partie pré-imprimée à terre comprenant des articles d'intérêt général ainsi que des réclames (le terme de "publicité" n'était pas en usage à l'époque). Les nouvelles reçues par la station T.S.F. du paquebot étaient ensuite ajoutées par dactylographie.

 


Titre du Journal de l'Atlantique, 1907
(Sous le titre: "Nouvelles reçues chaque jour par télégraphe sans fil")

 

La composition de l'Atlantic Daily Bulletin devait donc s'effectuer de manière identique, incluant les nouvelles de la terre et celles propres à la traversée. On y trouvait ainsi des articles d'intérêt littéraire, artistique et scientifique, les derniers échos des mondanités et du théâtre de Londres et de Paris, bon nombre de réclames, ainsi que toutes les informations obtenues grâce aux dépêches captées par l'installation de T.S.F. à longue distance, telles que les nouvelles quotidiennes, les derniers cours de la bourse et les résultats des courses de chevaux. Y étaient ajoutés le menu du dîner du jour, la distance parcourue par le paquebot et les noms des navires croisés la veille, ainsi que les événements prévus à bord.

Chaque nuit, pendant le premier quart, l'opérateur radio Jack Phillips retranscrivait les dépêches reçues par la station Marconi. Il envoyait la copie au bureau du Commissaire de bord, où les bulletins étaient dactylographiés soit par le Commissaire de bord, soit par son assistant, soit encore par le sténographe George Frederick Turner, sur une simple feuille pré-imprimée: l'Atlantic Daily Bulletin.

Ce bulletin n'était donc pas imprimé par l'imprimerie de bord, et ne possédait pas la forme d'un journal telle que nous la connaissons aujourd'hui. Ce n'est qu'en Juin 1912 que la White Star Line créa un véritable journal: l'Ocean Times.
Aucun exemplaire de cette page quotidienne n'a survécu au naufrage. On ne sait donc donner un exemple précis de son contenu.

L'Atlantic Daily Bulletin était affiché chaque nuit dans le Fumoir de 1ère Classe où, le matin, les passagers ne manquaient pas de le commenter et, en particulier, d'engager des paris sur la prochaine distance quotidienne parcourue par le paquebot.

On pense généralement que l'Atlantic Daily Bulletin était distribué aux passagers de 1ère Classe au moment de leur petit déjeuner, qu'ils prenaient dans leurs cabines ou dans la salle à manger.
Il est pourtant peu probable que l'exemplaire dactylographié ait été reproduit en quantité. Bien que les duplicateurs existaient à l'époque (drap à copier, stencil), il est peu vraisemblable que le Titanic en ait été équipé. Ce point de vue semble étayé par le fait qu'il n'existe pas de témoignage de passagers disant avoir reçu un exemplaire personnel et qu'aucun exemplaire n'a survécu au naufrage.

 

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